Les rencontres, la magie des lieux, la chance, le destin, c’est un peu tout ça qui m’a porté pendant ce temps passé dans le Nord du Brésil. En quittant
Jericoacoara et ses dunes je n’ai qu’une vague idée de ce à quoi ressemble le parc de Lençois Maranhenses. Mais je me doute que ses lagunes nichées
dans ce désert doivent être remplies d’eau en cette saison de pluies nettement supérieures à la normale pour cette époque de l’année. C’est sur la route que je rencontrerai mes compagnons de
fortune, Ezequiel et Alejandro, deux Porteños (habitants de Buenos Aires), motivés comme moi pour découvrir ce désert à moindre coût.
Et tout s’enchaîne. Ces pêcheurs qui nous amènent un peu plus loin sur le fleuve « preguisas », autrement dit le fleuve des paresses… Tout un
symbole ! Le rythme est lent. Très lent. Et l’on apprécie de glisser sur ces eaux aux reflets infinis. Notre équipage nous dépose et nous voici dans un autre monde. Des dunes de sable posées
au milieu d’une forêt amazonienne. Et déjà des reflets, des couleurs, une ambiance de planète inconnue… Les moustiques nous souhaitent la bienvenue ; nous sommes du côté du fleuve où
l’étendue de sable est plus réduite. Ce n’est que le lendemain que nous atteindrons la ville d’où nous commenceront notre périple.
Briffés par les habitants sur les lieux, les gens, et le chemin à suivre, nous voici en route pour une marche qui durera 5 jours. Le moral est soumis à rude
épreuve. Chaleur, poids des sacs, solitude, cette randonnée est à faire à plusieurs personnes. Vital. Mais la récompense est là. Comme un rêve, les rencontres se succèdent dans ces paysages
irréels où vivent des êtres humains heureux et dignes. L’élevage et la pêche sont des activité salvatrice là où la nature abreuve ses terres d’eau en abondance en hiver, là où elle les assèche au plus chaud de l’été. Nous traversons des lagunes, des rivières, et nous rendons compte de l’avancée des dunes. Elles mangent chaque
année quelques arbres vaillants et les régurgite quelques années plus tard, créant par la même des ambiances de fin du monde assez saisissantes. Les Britos ont été obligé de reconstruire leur
maison. Ils s’attendent à devoir déménager de nouveau dans les prochaines années. Ils sont habitués.
Une partie de dominos, une lune courageuse, des éclairs ravageurs, une tortue multicolore, une nuée de libellules, une petite fille des sables, un agneau
égaré, un arbre flétri, un arc en ciel matinal, les images se succèdent et défilent devant nos yeux ébahis comme ce livre dont on ne connaît jamais la fin. Les quelques photos ne suffisent pas à
retranscrire les émotions qui m’auront habitées pendant cette belle aventure, mais elles vous donneront une idée de ce que cela a pu être…
Et puis j’ai continué ma route, jusqu’en Guyane. J’ai retrouvé des lieux que j’avais laissés un peu plus d’un an auparavant : Belem, Macapa, Oyapock,
Kourou… Je suis en amazonie. J’ai atteint la destination que je m’était fixée. Evidemment j’ai encore eu l’impression de survoler le Brésil mais ce périple côtier fut de toute beauté et en
appelle d’autres….. Comme toujours…
Pendant ce temps là mon équipe fait des exploits. Je suis fier. Allez la JSB. Merci à ceux qui me lisent et me laissent des messages et à bientôt pour de
nouvelles évasions…
Plus de photos dans la rubrique "Nord" à gauche!
"Tu vois je vais t'expliquer la différence entre la France et ici. Moi j'ai un fils avec une
Française, mais elle elle est rentrée vivre en France et ils habitent là bas maintenant. Depuis j'ai eu un autre garçon, et quand j'ai appelé j'ai dis "Dieu a donné un frère à notre enfant !!" Et
elle m'a répondu "Ah non non non!! Dieu jamais!! C'est toi! C'est toi qui lui a donné un frère!!"...
" Ouais tu vois je suis parti habiter ici depuis un an et demi. Ici j'ai besoin de rien. Je pêche, j'ai mes poules, mon manioc, mes cocos, et puis surtout
avec mon frère on est heureux, personne ne nous embête on est libres!!"
Les rencontres seront plus nombreuses
le lendemain et je découvre petit à petit la vie de la plage, les habitants qui se déplacent en vélo ou à moto, les pêcheurs à l'épervier, les parties de football du soir, mais apparaissent
également des complexes touristiques huppés, des maisons particulières "proibido pasar, propriedad particular" avec des chiens pas gentils du tout et des barbelés partout... Je galèrerai beaucoup
plus póur trouver un
point de chute cette nuit là et après avoir essuyé de
nombreux refus ce n'est que tard dans la nuit que je pourrai enfin planter ma tente à Taipù de
Forà, dans le petit camping d'Adeus. Il a un petit resto aussi et ses trois fils lui donnent un super coup de main. Ils sont d'une gentillesse extrême.
le jour même en ayant juste le temps de planter ma tente avant la pluie.. Geneson déconne tout le temps, il me fait découvrir du
bon reggae brésilien et il n'arrête pas de bosser. Je rencontre également Angela et Pedro qui sont deux étudiants de Salvador en vacance pour ces jours fériés. Ils m'accompagnerons jusqu'à la
porte de mon auberge à Salvador! Trop sympas ces deux là! Je peux enfin faire sécher tout mon barda et me lancer à la découverte de cette ville mythique qui m'a tant fait rêver et dans laquelle
je me trouve aujourd´hui. Une pensée particulière pour mes potes Michel et Kathy qui auront bien contribué à renforcer ce rêve....
A l’heure de quitter cette ville, je comprends mieux pourquoi tant de gens en tombent follement amoureux. C’est qu’on n’a pas vraiment l’impression de se trouver dans une mégalopole, alors que c’en est une. La ville est construite autour des “morros”, ces petites collines caractéristiques, et zigzague allègrement entre les montagnes à la végétation luxuriante et les plages d’Ipanema, Copacabana ou Botafogo. Le Chrit Rédempteur surveille tout ça perché sur son Corcovado et le pain de sucre en fait autant de l’autre côté.
Envie de plonger? Il n'y a qu'à prendre un bus ou le métro et on se mêle à une foule métissée et debridée. Le métissage de couleurs est plus visible ici qu’à São Paulo, en tous cas au centre de la ville. São Paulo, comme beaucoup de grandes cités, a laissé la pauvreté à sa porte et les favelas se trouvent à sa périphérie. A Rio, point de tout ça. La pauvreté la plus immense côtoie la richesse la plus énorme! Les coins de terre délaissés sur les morros sont occupés par les favelas qui s’étirent parfois à perte de vue. Et pourtant cela fonctionne. La richesse se montre, la pauvrete aussi. C’est comme une fatalité que tout le monde accepte. Un peu dur pour mon esprit d’accepter cette réalité, mais c’est comme ça.
Ce mélange des origines et des classes sociales dans Rio est aussi très propice à la création artistique et culturelle, tout comme la plage est un lieu de vie incroyable. Difficile d’imaginer les gens à la sortie du boulot qui vont se taper un petit foot de plage, mais ça se passé comme ça ici! Le culte du corps est également bel et bien présent. Les hanches se dandinent, les pectoraux se gonfflent, l’huile solaire coule à flot, caipirinhas, cocos fraîches et bières de toutes sortes sont de sortie sur les terrasses du bord de mer.
Je déambule ainsi dans ce “gloubi boulga” de personnes et de lieux et reste scotché devant bien des tags qui ornent les quartiers de Lapa et Santa Theresa. Se promener dans ces coins est delicieux et je me prend à gribouiller quelques mots:
Ici c’est le choc
Des voix des musiques des moteurs
Sur le morro le toc toc
Du bonde (tram) qui cliquete.
A gauche à droite
A chaque fois un nouvel horizon qui s’ouvre
Favela par ci favela par là
On ne se lasse pás de sentir vraiment là.
Santa Theresa,
Une fenêtre sur le monde
Et c’est l’esprit qui vagabonde
Graffitis tags et fresques
Ici on ne passe pas on s’arrête
On s’évade on observe et on reste
3 secondes, 5, 10 minutes ou Presque.
Santa crew
Tu laisse ta trace et suscite l’audace
Des âmes vagabondes qui se prélassent
Sur les murs les bombes se lâchent
Et reflètent un réel parfois bel et bien trash...
La qualité des écoles publiques est apparemment et de façon unanime déplorable selon tous les temoignages de Brésiliens que j’ai entendus depuis que je suis arrivé.A Rio les profs n’ont pas été payés depuis 3 mois... La priorité de “Lula” quand il est arrivé au pouvoir était de donner à manger aux gens qui mourraient de faim. Jusqu’ici, personne ne s’était occupé de ce problème qui est plus important que celui de l’éducation. Mais d’un autre côté subsite, et se développe même, un systeme éducatif non pas à deux vitesses, mais à 50 vitesses!!! L’école est une marchandise, la santé aussi. Faites votre choix! Ceux qui n’ont pas d’argent sont laissés sur le bord du chemin. Il existe des supermarchés qui ne vendent que des produits pharmaceutiques! Aucun médicament n’est gratuit. Imaginez…
Une majorité de Brésiliens vit donc dans l’ignorance la plus grande et ne sait ni lire ni écrire. Les gouvernants se plaignent de l’insécurité et font peur aux gens pour gagner les élections en organisant des “sorties” dans les favelas à 200 ou 300 flics qui flinguent 5 ou 6 pseudos traficants, saisissent des plants de cannabis ou des labos de raffinement de coke, et montrent le tout à la télé en grandes pompes. Et le tour est joué, les problèmes de l’éducation et de la santé sont deplacés... Simpliste comme analyse, mais à mon avis très réaliste.
Les Cariocas aiment faire la fête, les rues de Lapa se remplissent tous les vendredis soirs d’une foule immense. Pour ceux qui s’en souviennent, c’est la “rue de la soif” en puissance 50! La samba et le “funk carioca” font rugir les enceintes des voitures et après avoir connu quelques fiestas excellentes je laisse Rio sur une bien belle impression. La grande ville qui m’aura plu le plus de toutes celles que j’ai connues jusqu’ici... Ate mais...
Après avoir passé une nuit dans le touristique village d'Abrão je prend le départ pour une semaine minimum de marche autour
d'Ilha Grande. Et dès le premier jour j'ai de la chance puisque je tombe sur un Breton, Julian, qui est lui aussi en route pour faire cette rando à l'invitation de ses amis brésiliens qu'il a
rencontrés en Argentine au cours de son voyage. nous voilà donc à 7 pour une marche de 10 jours qui s'avèrera fabuleuse...
A Ilha Grande, pas de voitures. Les gens circulent à pied ou en bateau. Les montagnes se jettent dans la mer directement et la forêt tropicale appelée ici
"mata atlantica" est superbement préservée. Les premiers jours nous permettent d'apprécier la gentillesse des gens qui sont toujours prêts à nous laisser un bout de terrain pour planter nos
tentes. Pourtant ici tout le monde ne roule vraiment pas sur l'or. A côté des villas luxueuses de riches Brésiliens, Argentins ou autres vivent les gens originaires de
l'île. Pour eux la vie est très très chère. Ce pêcheur a par exemple commencé la
construction de son bateau il y a trois ans de ça tellement les matériaux coûtent cher à ramener du continent... Pour la plupart, ils vivent de la pêche: calamars et poissons sont encore présents
en quantité importante autour de l'île. Cela reste toutefois un métier à risque et la mer, comme partout ailleurs, peut beaucoup donner em même temps qu'elle peut beaucoup prendre...
Les jeunes, aprés avoir effectué leur scolarité sur l'île, veulent partir étudier à Rio ou São Paulo et peu d'entre eux veulent reprendre l'affaire
familiale. Heureusement, les débouchés existent dans le tourisme et depuis peu dans l'élevage subventionné de ... moules et de coquilles saint jacques!!! Allez comprendre... En tous cas les
moules sont très bonnes on a pu en arracher aux rochers et on s'est régalé!
Au fur et a mesure de l'aventure, on a rencontré plusieurs personnages hauts en couleurs:
Zelio, habite a Praia Longa
depuis toujours. Il ne va plus à la pêche mais nous propose de rester dormir chez lui. Nous continuerons finalement motre route mais il nous montre fièrement son jardin et je retrouve là
beaucoup d'arbres réunonnais. C'est vrai que l'importation sur l'île s'est faîte massivement depuis le Brésil! Jacquiers, papayers, manguiers, fruits à pain, avocatiers, cerises du Brésil,
caramboles, bananes, cocos, café, etc poussent dans tous les jardins sous un climat qui rappelle étrangement l'Est réunionnais...
Octavio a 84 ans. Il possède un
terrain d'arbres fruitiers somptueux et nous le fait fait gentillement visiter. Il fabriquait lui même le sirop de canne à sucre, la farine de manioc ou le café pour ensuite le revendre au
village d'Araçatiba. En effet il était le seul à posséder le matériel nécessaire... Son atelier est magnifique, les fours et les pressoirs fleurent bon la sueur passée... Aujourd'hui, il vient
tous les jours dans sa propriété avec sa femme Maria Augusta. Ils nous offrent quelques fruits bienvenus avant que nous ne reprenions notre route...
Nous passons progresivement du côté abrité au vent au côté exposé et découvrons des paysages extraordinaires, de jour comme de nuit, sous le soleil ou sous la
pluie. 3 jours de pause sur la plage d'Aventureiro nous feront le plus grand bien, le corps se repose et on recharge les accus... lorsque nous reprenons notre route, nous enchaînons par de
longues plages désertes et des sentiers plus étroits. nous croiserons très peu de monde sur ces chemins qui peuvent parfois être hostiles (boue, serpents...) et l'impression de se retrouver dams
un endroit hors du temps est réelle... Les bivouacs se sucèdent et nous arrivons à Dois Rios, lieu d'implantation du pénitencier qui était le plus protégé du Brésil. Ici venaient les
prisoniers réputés les plus dangereux du pays. Pendant la dictature, y furent également emprisonnés tous les opposants au régime... 3000 prisonniers, soit 10 fois la population de l'île... En
1994 le nouveau gouverneur de l'Etat de Rio qui y fut emprisonné pendant 20 ans décide de le faire exploser. Ce n'est qu'ensuite que les touristes commencèrent réellement à venir su l'île. Avant
ils avaient peur et on les comprend. Il n'était pas rare que des prisonniers arrivent à s'échapper de l'enceinte de la prison. Et s'ils
parvenaient à semer les gardes qui les pourchassaient dans la jungle, ils pouvaient prendre
en otage un pêcheur avec son bateau pour gagner la terre ferme... L'ancien directeur de la prison nous raconte tout un tas d'histoires sur la vie à cette époque qui n'est pas si
lointaine que ça...
L'ilha Grande m'aura offert des images somptueuses et le sentiment de commencer à connaître cet autre Brésil que celui qu'on veut bien souvent nous
présenter...
Salut à tous et bienvenue! J'avais créé ce blog il y a 1 an et demi pour faire partager le voyage de 6 mois que j'ai fait de Cuba à L'Argentine
avec ma famille et mes amis. Les supers retours que j'ai eus et le plaisir que celà m'a procuré m'ont encouragés à continuer ce blog pour tenter de vous faire decouvrir le Brésil avec mon
petit sac à dos et mon appareil photo. Je suis actuellement à São Paulo et vais remonter tout doucement la côte Est du pays jusqu'en Amazonie. Vous pouvez laisser votre adresse mail
dans la rubrique "newsletter" et vous serez averti dès qu'un nouvel article est publié (J'ai enfin compris comment ça marchait...). N'hesitez pas à laisser des commentaires c'est toujours un
plaisir de vous lire!
A bientôt!!
Août
2008. Dans moins d'une semaine ont lieu des élections cruciales pour le pays. Le président du
pays, Evo MORALES, a cédé à la pression des préfets de régions de l'opposition et organise un
"référendum révocatoire". Deux scrutins ont lieu. Le premier décidera du maintien ou non du Président à son poste, le second décidera du sort des préfets de région. C'est un vote de confiance renouvelée...........ou pas.